MA VIE DE ROUTIER…
Par Philippe Chaubert
Après mes années d’école passées au Valentin et au collège de la Croix d’Ouchy à Lausanne, j’ai fait un apprentissage de mécanicien en automobiles au garage Mon Repos à Lausanne et je l’ai fini au garage de Roseville à Vevey.
Quelques années de mécanique sur les voitures et autos de courses avec André Savary de Cheseaux, champion suisse de rallye dans les années 69-70 et M. Stauffer du garage St Christophe, en formule 3, et d’autres garages, je n’ai jamais été un gars très stable pour les employeurs, et la liste des différents garagistes est longue, Edelweiss Lausanne, Garage D’Assen, Garage de Valency Prilly, mais les camions m’appelaient, alors il y eu aussi Tinguely Transports à Lausanne, comme mécanicien puis comme chauffeur, après avoir passé mon permis poids-lourds avec le vieux Saurer de Zumkeller de Lausanne, ( il fallait tirer le frein à main pour rétrograder)……..
Puis je suis allé chez Friderici à Tolochenaz sur les camions de chantier, 3 mois et dispute avec le boss, et me voilà parti chez Tous transports à Genève, un camion plus vieux que moi, mais quelle belle époque…. 1 semaine pour monter à Bâle….. on livrait 30-35 clients et pareil pour le retour, sauf quand on avait les cigarettes, la remorque pour COOP Bâle et le camion pour 3 clients en ville… et j’ai eu là mon premier accident en camion, mais je n’étais pas fautif, et le plus drôle, c’est que le responsable de l’accident était Charles Friderici, (le fils de Paul qui m’avait foutu dehors 2 mois avant ) qui en me serrant complètement à droite pour pouvoir passer en premier, en pleine ville de Bâle, m’a carrément arraché la cabine du châssis de mon Berna, sa remorque était ouverte à grandeur, tout le côté droite. En sortant de son Henshell tout neuf, il me crie « sais-tu qui je suis ?? » bon « chacun ses frais », j’ai dû faire venir la police pour le calmer et lui faire entendre raison !!
Et que de beaux souvenirs dans les resto-routiers de Morat ou de la Neuveville…de Breitenbach, sans oublier la frontière à Versoix…
Puis je me suis marié, j’ai eu 2 enfants, et je faisais du « local », chez Vez Transports à Pully, au ciment et aux cailloux, et là je me suis acheté mon premier camion, une déménageuse Saurer, 4 cylindres, 110ch., avec une remorque à 1 essieux, avec lequel je faisais des déménagements le samedi pour commencer, et ensuite toute la semaine ou presque, je n’étais pas cher et cela marchait pas mal, mais insuffisant pour vivre alors, j’ai été engagé par les ateliers Nova à Romanel , où je faisais des démonstrations de boites a vitesses automatiques Allison pour poids lourds,(eh oui, il y en avait déjà) et de bennes à vis pour les ordures ménagères, en plus de mécanique.
Et c’est là que j’ai vraiment pris goût à la grande route, un jour un gars est arrivé au garage et a demandé à mon patron s’il connaissait un chauffeur de camion prêt à partir pour le dépanner, son chauffeur l’ayant lâché sur la route.
Nous avions peu de travail et je me suis proposé, sans plus attendre, va faire ta valise, tu pars ce soir, le camion est en frontière entre l’Italie et la Yougoslavie (de l’époque) en direction de la Grêce. Il s’appelait André Uldry……. et avait une entreprise de transports à Lausanne, Place St François…..
Je suis donc parti le 3 décembre en voiture pour la douane italo-yougo, pour prendre le Fiat qui était là sans chauffeur direction Thessaloniki.
Vider le voyage de fruits et légumes et recharger du poisson (des thons) pour livrer à Marseille FR le 19 décembre, jour de mon anniversaire…..
Ce sont là mes vrais grands débuts sur la Route.
Ensuite la fameuse épopée Uldry, que bien des chauffeurs ont connus sur le Moyen-Orient, dans laquelle j’y ai aussi laissé bien des plumes, comme pas mal d’autres, et là après sa déconfiture, j’ai été engagé par Saurer pour ramener les camions à Arbon, (il y en avait 35 ) ce qui a beaucoup facilité la suite, l’achat de mon propre Saurer, ex-Uldry, avec un compagnon de l’époque, Bernard Dagon de Pully, qui faisait les retours de camions avec moi, on en a pris chacun 1 et on s’est engagé chez Wetram de Bâle pour commencer sur le Moyen-Orient à notre compte… mais voilà, environ 2 ans après, l’ayatollah Kommeny est arrivé et ce fut notre fin, les prix sont tombés et les transports aussi. Après une faillite assez facile, le camion avait été revendu par Saurer au Tessin, et le juge leur est tombé dessus en les critiquant de vouloir encaisser 2 fois le véhicule, et je m’en suis bien « tiré ».
Il a bien fallu se recycler, alors, les TL de Lausanne m’ont connu pendant 1 an, mais comme j’oubliais de tourner au terminus et que je continuais tout droit avec mes « trolley », ils ont dû venir me repêcher 2 fois, (hihi), je me suis retrouvé comme chauffeur de taxi, mais la route… cette route crie encore dans ma tête alors..
On y retourne, en premier pour Badan Voyages à Morges, comme chauffeur de car, pendant environ 2 ans, ensuite pour le TCS, chez Georges Grossmann à Corbières, ou je suis resté 5ans,
Ce sont là les plus belles années de ma vie passées sur la route… on allait partout, partout, dans toute l’Europe, de l’est à l’ouest, du nord au sud, il n’y a pas un endroit d’Europe où je ne suis allé grâce à eux. J’ai même traversé 2 fois le Sahara, Timimoune, Janett, Arak, Tamanrasset, je suis resté 1 semaine avec des touaregs, sous tente, les grands hommes bleus du désert, j’ai eu la chance d’assister à un mariage Touareg, quelle belle fête, tout ça en camion Mercedes. Les plus beaux souvenirs sur la route sont là, au TCS.
Que d’aventures, des problèmes, des plaisirs, tout quoi, même une fois des vacances forcées sur l’ile de Crête, pendant 1 semaine à attendre les bons papiers du véhicule à ramener…
De belles aventures et de très beaux souvenirs, si on pouvait sortir de ma tête les images qui s’y trouvent, je ferais un sacré bel album……..
Ensuite un peu de calme en restant en Suisse, 5 ans chez Davum Aciers à Crissier, et je suis devenu chef du dépôt de Genève, je fabriquais des éléments en acier à béton pour la construction, des egcotech et des egcobox si mes souvenirs sont bons. Mais la « bougeotte » me guettait encore, une série de taxi encore, un peu de remplacements chez Grobetty et Sydler, au transport de carburant, et là enfin, je décide de partir faire des vraies vacances au Canada pour fêter mes 50 ans.
Première rencontre, par un ami suisse que je venais voir et qui vivait au Québec depuis des années, un Trucker qui devait partir pour la Californie le surlendemain, et qui me demande si je veux embarquer… tu parle Charles... de suite. Mon premier voyage aux États en Volvo 770 direction la Californie, le 3 Décembre 1999, en team, retour à Montréal juste pour ma fête le 18. Ce fut le grand déclic, merci à toi Jacques Blain, de BJM, bien que par la suite tu m’aie « fourré » comme on dit au Québec, sans toi je ne serais peut-être pas resté ici.
Le lendemain pour mon anniversaire, je rencontre une femme sympa, que j’ai courtisée tout de suite, et je l’ai épousée le 14 Février 2001.
Depuis cette date on roule à 2 dans tous les États, mais la maladie guettait mon épouse, et après bien des mois passés à l’hôpital, elle est malheureusement décédée le 9 mars 2008, et son service funèbre à été fait le jour même de notre anniversaire de mariage et à la même heure, 7 ans après, soit le 14 Février 2008 14h.
Merci Madeleine Rochefort pour ces belles années passées ensembles, que je regrette que ce fut si court, 7 merveilleuses années de bonheur total, avec une femme aimante et aimée et un job royal, que demander de plus.
J’aurais bien aimé plusieurs années encore, et je t’aime toujours mon poussin….. Tu m’accompagne encore partout ou je vais, dans une petite urne de voyage, que je ne lâcherais jamais. Je te l’avais promis, je tiens ma promesse.
Depuis, je roule vraiment seul et prends un peu plus de temps pour essayer de vivre un peu ma passion de routier et fier de l’être, depuis le mois de décembre 1977.
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